L’élevage – un maximum d’impact pour un minimum d’apports

par Jonathan Guéguen | 20 Nov 2021 | Articles APALA, Élevage, Ressources

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Points clés

  • Les animaux consomment plus qu’ils ne produisent : ils ne créent ni azote ni matière organique ; environ 90 % de l’énergie se perd à chaque niveau trophique.
  • Le fumier n’est pas gratuit : l’élevage consomme 55 Mt d’azote de synthèse via les cultures fourragères et n’en restitue que 26 Mt.
  • Les légumineuses, vraie source d’azote : seule la fixation symbiotique apporte de l’azote nouveau ; le fumier ne fait que le recycler.
  • Dix protéines végétales pour une animale : soit 90 % de pertes (FAO, 2017) ; en ne comptant que les aliments consommables par l’humain, le ratio reste de 2,6.
  • Beaucoup de terres pour peu de nourriture : l’élevage occupe 77 % des terres agricoles pour 18 % des calories et 37 % des protéines mondiales.
  • Reboiser, protéger, diversifier : les terres libérées peuvent stocker du carbone et accueillir sanctuaires et cultures variées, financés par des aides de la PAC réorientées.

🐄 L’élevage – un maximum d’impact pour un minimum d’apports

[ ⏱️ Temps de lecture estimé : 2 minutes ]

🌍 Principe clé : l’élevage ne crée ni matière organique ni azote. Il transforme des végétaux en produits animaux, avec une forte perte d’énergie et de nutriments à chaque étape.

♻️ Le mythe du “recyclage” : le fumier n’est pas un apport gratuit. À l’échelle mondiale, l’élevage mobilise d’importantes quantités d’azote synthétique via les cultures destinées aux animaux, tout en générant des pertes vers les sols, l’eau et l’atmosphère. Pour réduire réellement la dépendance aux engrais azotés, l’article met en avant les légumineuses et la fixation symbiotique.

📉 Un rendement alimentaire faible : produire des protéines animales exige beaucoup plus de protéines végétales en amont. Les données citées pointent un constat central : l’élevage consomme davantage de ressources qu’il n’en restitue sous forme d’aliments, notamment lorsqu’il entre en concurrence avec l’alimentation humaine.

🍽️ Une perte d’opportunité alimentaire : une part importante des céréales et des terres agricoles sert à nourrir les animaux plutôt que les humains. Des alternatives végétales peuvent produire davantage de nourriture nutritionnellement comparable par surface cultivée, en particulier face aux productions les plus gourmandes comme le bœuf.

🌳 Repenser les terres libérées : sortir progressivement de l’élevage permettrait de réduire la pression sur les terres, de reboiser pour stocker du carbone, de restaurer des écosystèmes, de créer des sanctuaires et de diversifier les cultures destinées à l’alimentation humaine.

🚜 Un enjeu de transition agricole : au-delà du constat écologique, la question devient politique et économique. Comment accompagner les reconversions, réorienter les subventions et construire une alimentation plus soutenable, moins dépendante des animaux, mais plus résiliente pour les humains comme pour les écosystèmes ?

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🌍 L’élevage – un maximum d’impact pour un minimum d’apports

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🌱 Ressources L’article rappelle un principe écologique central : les animaux ne créent ni matière organique ni azote, ils transforment des végétaux déjà produits. À chaque niveau de la chaîne alimentaire, une grande part de l’énergie et des nutriments se perd.

⚠️ Rendement L’élevage apparaît ainsi comme un système très consommateur de ressources. Les données citées montrent qu’il faut plusieurs kilos d’aliments végétaux pour produire un kilo de viande, et qu’une large part des protéines végétales mobilisées disparaît dans la conversion animale.

🍽️ Alimentation Cette inefficacité crée un coût d’opportunité : des terres et des cultures utilisées pour nourrir les animaux pourraient produire directement davantage d’aliments pour les humains, avec moins d’émissions et moins de pression sur les sols.

🌾 Terres L’article souligne aussi l’ampleur des surfaces occupées par l’élevage, entre pâturages et cultures destinées aux animaux. Les libérer permettrait de reboiser, diversifier les cultures, restaurer des écosystèmes et repenser nos paysages.

🔄 Transition L’enjeu dépasse donc l’assiette : il touche au climat, à la biodiversité, aux subventions agricoles et à la reconversion des filières. Une agriculture plus sobre, végétale et soutenable devient une piste majeure pour demain.

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🐄 L’élevage : un maximum d’impact pour un minimum d’apports

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🌱 Comprendre la dépendance au végétal
L’article rappelle une idée simple d’écologie : les animaux d’élevage ne créent ni énergie, ni azote, ni matière organique. Ils transforment ce que les plantes produisent, avec de fortes pertes à chaque étape de la chaîne alimentaire.

💧 Le mythe du fumier “gratuit”
Le fumier recycle une partie des nutriments, mais ne remplace pas une source primaire d’azote. L’élevage consomme beaucoup d’azote via les cultures destinées aux animaux, tout en générant des pertes vers les sols, l’eau et l’atmosphère. Les légumineuses, elles, peuvent fixer l’azote directement.

📉 Un rendement très faible
Pour produire des protéines animales, il faut mobiliser bien plus de protéines végétales en amont. L’élevage agit souvent comme un “filtre” coûteux, transformant des ressources végétales en calories et protéines animales avec un rendement limité.

🍽️ Une perte alimentaire cachée
Au-delà du gaspillage classique, les produits animaux créent un coût d’opportunité : sur une même surface, des cultures végétales destinées directement à l’alimentation humaine pourraient produire davantage de nourriture.

🌍 Repenser l’usage des terres
Réduire la place de l’élevage libérerait des surfaces pour reboiser, restaurer des écosystèmes, diversifier les cultures et créer des espaces où les animaux ne seraient plus vus uniquement comme des moyens de production.

🚜 Vers une transition agricole

Cet article a été rédigé pour le dixième numéro de la revue Virage de l'AVF ayant pour sujet l'agriculture végane. Vous pouvez le retrouver publié ici : L'élevage : un maximum d'impact pour un minimum d'apports.

L’espace médiatique est tellement occupé par les défenseurs de l’élevage paysan qu’on croirait presque que nous naissons dans des bouses de vaches et que sans elles, l’humanité court à sa perte. Plus sérieusement, la petite musique de fond qui circule à haut volume est que l’élevage créé quelque chose de magique dont on ne saurait se passer, comme si des animaux d’élevages sur des prairies étaient à l’origine de l’alchimie fertile nourrissante. En fait, il n’en est rien, les animaux dépendent des végétaux et non inversement, et ça, c’est une notion de base de l’écologie qui nous l’apprend : le niveau trophique. Dès-lors, nous verrons ici qu’une sortie de l’élevage nous permet d’éviter une fuite incroyable de ressources.

Les animaux ne fabriquent pas d’azote ni de matière organique, ils en consomment

Le réseau trophique est ce qu’on connaît sous le nom de chaîne alimentaire. Chaque niveau représente un maillon de cette chaîne. Ce réseau est limité à 5 niveaux. En bas, au premier niveau il y a les producteurs que sont les autotrophes, capables de créer de la matière organique à partir de matière inorganique. Dès le niveau 2 on passe aux hétérotrophes, les animaux dont nous sommes. Nous dépendons de la matière organique créée par les végétaux puisque nous sommes incapables d’en créer à partir du soleil, des minéraux et de l’eau. Eux, convertissent le gaz carbonique en molécules organiques : glucides, lipides et protides. Les animaux ne font que transformer ces molécules au prix d’une déperdition importante. Ils ne fabriquent pas d’azote et en passant par les animaux, le cycle de l’azote est une fuite : il y a des pertes sous forme de lait, de viande et de carcasses d’animaux. Contrairement à la croyance répandue, le fumier n'est pas - pour ainsi dire - un repas gratuit. A l’échelle mondiale, à travers les cultures pour l’alimentation animale, l’élevage consomme 55 Mt (millions de tonnes) d’azote synthétique pour en restituer seulement 26 Mt sous forme organique[1]. Cela représente 29 Mt qui partent directement vers les milieux marins et terrestres, ce qui contribue à la fois au réchauffement climatique et à l’eutrophisation de ces milieux favorisant ainsi les zones mortes. Par ailleurs, si l’on cherche à réduire les engrais azotés, il faut remplacer une source primaire d’azote par une autre source primaire et non par un flux de recyclage comme l’est le fumier. Seule la fixation symbiotique le peut, et ce n’est pas l’élevage qui en est capable, mais la culture de légumineuses. D’après l’équipe de Solagro, si on fait le calcul, on constate que si on veut massifier l’agriculture biologique, la fumure animale ne peut fournir qu’une partie seulement des apports d’azote[2].

Les animaux au niveau 2 sont les consommateurs primaires et ceux qui sont au-dessus (niveau 3), sont appelés des consommateurs secondaires. Raymond Lindeman, un écologiste américain a établi pour la première fois en 1942 une loi du transfert de l’énergie dans les écosystèmes. Elle mesure l'efficience écologique d'un consommateur (rapport de la production nette d'un consommateur sur la production nette de biomasse qu'il a consommée). Son constat est que seule une fraction de l’énergie est transmise d’un niveau trophique à celui au-dessus. Portant son nom elle est aussi appelée loi des 10% parce qu’en moyenne, 90% d’énergie est perdue à chaque niveau supplémentaire[3].

Le rendement catastrophique de l’élevage

Partant de là, on comprend mieux l’inefficience de l’élevage. Pourtant, la chercheuse Anne Mottet, ancienne agroéconomiste à l'Institut de l'Elevage chargé de politiques d’élevage à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) trouve dangereux que les investissements se tournent aujourd’hui vers des alternatives[4]. En 2017, elle tente de réhabiliter l’élevage en publiant une étude qui questionne si le bétail est dans nos assiettes ou à notre table. Finalement, ses résultats sont sans équivoque. Pour produire 1kg de viande désossées il faut en moyenne 2,8kg d’aliments consommables par les humains pour la viande de ruminant et 3,2kg pour celle des monogastriques. Le ratio de conversion pour produire une protéine animale est censé être favorable à l’élevage étant donné la haute teneur en protéine des produits animaux. Pourtant, là aussi, ce ratio montre que l’élevage est clairement consommateur de ressources plutôt que contributeur. Le ratio brut considère toute l’alimentation animale tandis que le ratio net ne considère que l’alimentation animale consommable par les humains, qui entre donc en concurrence directe avec l’alimentation humaine. Ses résultats montrent que pour produire une protéine animale il faut en moyenne 10 protéines végétales, ce qui fait que 9 protéines sur 10 sont perdues, soit 90% de perte. Le ratio tombe à 2,6 si on ne considère que celles qu’on peut consommer directement (soit 62% de perte). En retombant sur un ratio brut de 10, on confirme la fameuse loi des 10% abordée précédemment. C’est uniquement à l’échelle locale, dans des cas marginaux et donc non représentatifs que l’élevage peut contribuer à la sécurité alimentaire. Nous pouvons parler ici de voie sans issue car plus de 99% de cet élevage contributeur est représenté par les ruminants qui sont responsables de 80% des émissions de Gaz à Effet de Serre du secteur[5]. C’est une impasse manifeste face au changement climatique.

La perte d’opportunité alimentaire

Alors que le gaspillage alimentaire s’élève à un tiers de la production mondiale, une étude parue en 2018 dans la revue scientifique PNAS[6], vient enfoncer le clou en montrant que les pertes de nourriture dues aux produits animaux dépasse toutes ces pertes dites conventionnelles (fuites dans les chaînes d'approvisionnement ou de la détérioration des produits, pertes de nourriture). Les chercheurs montrent que les produits végétaux de remplacement peuvent produire par unité de surface cultivée 20 fois et 2 fois plus d'aliments similaires sur le plan nutritionnel que le bœuf et les œufs, respectivement les catégories d'animaux les plus et les moins gourmandes en ressources. Ils précisent que la production d'un gramme de protéine (ou de calorie) d'origine animale nécessite environ un ordre de grandeur de plus de ressources et d'émissions que la production d'un gramme de protéine d'origine végétale. La consommation de produits alimentaires à forte intensité de ressources au lieu de produits de remplacement plus efficaces et tout aussi nutritifs peut alors être considérée comme une perte de nourriture effective. Ils appellent cela le coût d’opportunité alimentaire. Contrairement à la perte de nourriture conventionnelle, la perte de nourriture due à des produits à forte consommation de ressources est une nourriture cachée qui peut être récupérée par le biais de changements dans les régimes alimentaires. A ce titre, les préférences alimentaires jouent un rôle clé dans la détermination et l'atténuation des pertes alimentaires. Pour rappel, en France[7] comme dans le monde, l’élevage consomme ⅓ des céréales produites annuellement et alors même que l’étude de Anne Mottet montre que 86% de la consommation mondiale d’aliments pour le bétail n’est pas comestible par les humains, l’élevage n’assurerait que 25% des apports protéiques mondiaux. Poore et Nemecek, les auteurs de la plus grande méta-analyse[8] sur notre système alimentaire connue à ce jour ont conclu que l’élevage apportait 18% des calories et 37% des protéines totales tandis qu’en combinant les pâturages et les cultures pour son alimentation, il occuperait 77% des terres agricoles mondiales[9].

Mise à jour du 3 novembre 2026 : avec des données plus récentes de la FAO, Our World in Data estime désormais que l’élevage occupe 80 % des terres agricoles mondiales (pâturages et cultures destinées aux animaux) et fournit 17 % des calories et 38 % des protéines de l’alimentation mondiale, poisson d’élevage compris (Our World in Data, « Half of the world’s habitable land is used for agriculture »).

Les surfaces libérées

S’il est vrai que la pratique de l’élevage a façonné nos paysages depuis ses débuts il y a environ 10 000 ans, il est néanmoins difficile de s’en rendre compte. Occupant 27% des terres émergées contre 1% pour les zones construites (villes et les infrastructures), c’est plus que les forêts, les terres stériles (déserts, plaines salées et roches) et les glaciers (respectivement à 26, 19 et 10%). Il occupe 40% des terres cultivables dites arables. Environ la moitié de son occupation l’est par des prairies avec 35% pouvant être directement converties en cultures. Cela représente 1,3 milliard d’hectares, qu’on ne pourrait a priori pas valoriser autrement qu’avec des ruminants en pâturage. C’est considérable car c’est également à peu près 27% des terres agricoles mondiales, soit 10% des terres émergées. Alors que faire de toutes ces prairies libérées de l’élevage ? Pourrions-nous repenser des paysages qui ne soient pas anthropocentrés, c’est à dire, dédiés aux seuls bénéfices des humains ? Et si, finalement, la prise en compte des intérêts des animaux devenait une clé d’organisation du paysage ?

Déjà, nous pouvons donner la priorité au reboisement pour la séquestration carbone, urgente face au changement climatique. Ensuite, pour conserver des paysages ouverts ou des prairies qui nous offrent des services écosystémiques bienvenus, nous pouvons aménager des sanctuaires entretenus par les animaux d’élevages rescapés ou par des animaux sauvages. Des visites scolaires et universitaires offriront un intérêt supplémentaire à leur préservation. Enfin, le maintien de parcelles de cultures sera nécessaire pour notre alimentation, mais une diversification importante sera à opérer afin de sortir des monocultures géantes destinées à l’élevage. Une réorientation des subventions de la PAC aux éleveurs permettra de financer ces changements d’ampleurs en plus des reconversions. Déjà, il existe le «paiement vert», ou verdissement, qui est un paiement direct aux exploitants agricoles visant à rémunérer des actions spécifiques en faveur de l'environnement. C’est un paiement découplé (c’est-à-dire indépendant du type de production), dont le montant est de l’ordre de 80 €/ha, représentant 2 milliards d’euros par an. Peut-être pourrions-nous nous en inspirer pour imaginer l'alimentation soutenable de demain qu'il faut d'ores et déjà mettre en oeuvre.

Références

[1] Uwizeye, A., de Boer, I. J. M., Opio, C. I. et al. (2020). « Nitrogen emissions along global livestock supply chains ». Nature Food, 1(7), 437-446. doi.org/10.1038/s43016-020-0113-y

[2] Solagro (2021). ATELIER 1 - ÉLEVAGE - Comment réfléchir aux évolutions de l’élevage et à sa place dans les systèmes de production ? [vidéo]. Vimeo. vimeo.com/503407885/ccf984cdd6

[3] Ramade, F. (2009). Éléments d’écologie. Écologie fondamentale (4e éd.), chap. 5, « Flux de l’énergie et cycle de la matière dans les écosystèmes ». Dunod, p. 442. books.google.fr/books?id=kk7knrTlNekC&pg=PA442

[4] Marchand, N. (7 mai 2021). « Anne Mottet, femme de Thomas Pesquet, défend le plancher des vaches ». Réussir. reussir.fr/articles/anne-mottet-femme-de-thomas-pesquet-d…

[5] Garnett, T., Godde, C., Muller, A. et al. (2017). Grazed and confused? Ruminating on cattle, grazing systems, methane, nitrous oxide, the soil carbon sequestration question – and what it all means for greenhouse gas emissions. Food Climate Research Network (FCRN), Université d’Oxford, p. 118. oxfordmartin.ox.ac.uk/downloads/reports/fcrn_gnc_report.pdf

[6] Shepon, A., Eshel, G., Noor, E. et Milo, R. (2018). « The opportunity cost of animal based diets exceeds all food losses ». Proceedings of the National Academy of Sciences, 115(15), 3804-3809. doi.org/10.1073/pnas.1713820115

[7] Passion Céréales (31 octobre 2017). « Le marché des céréales françaises ». Passion Céréales. web.archive.org/web/20211024000112/https://www.passioncer…

[8] Poore, J. et Nemecek, T. (2018). « Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers ». Science, 360(6392), 987-992. doi.org/10.1126/science.aaq0216

[9] Ritchie, H. et Roser, M. (2019). « Land Use ». Our World in Data. ourworldindata.org/land-use

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