par Thomas Lepeltier, Le Point, 19 octobre 2023 et 16 mai 2024
Notre civilisation éradiquerait le vivant, la technologie serait un « cancer » et la décroissance une nécessité physique : telles sont les thèses de l’astrophysicien Aurélien Barrau. Les deux articles les examinent et concluent qu’elles ne résistent ni aux données ni à la logique.
En bref
- 19 octobre 2023 : à propos de l’essai L’Hypothèse K, l’auteur conteste l’idée que la technologie serait un « cancer » : s’il fallait l’éliminer, ce serait la misère, et l’astrophysicien dit lui-même ne pas vouloir revenir en arrière.
- Il juge les chiffres avancés isolés de leur contexte : la mortalité due à la pollution de l’air baisse depuis des décennies, plus de 90 % des décès se concentrent dans les pays à revenus faibles et moyens, et la forêt française progresse depuis deux siècles.
- 16 mai 2024 : le second article passe en revue les interventions publiques de l’astrophysicien : éradication du vivant par l’Occident, décroissance présentée comme une nécessité physique, rejet de la fusion nucléaire, de la conquête spatiale et de nombreuses technologies récentes.
- Pour l’auteur, une Terre finie n’impose pas de décroître tout de suite, et un nombre seul ne dit rien sans tendance.
- Il ne nie pas les problèmes environnementaux : il conteste la façon de les présenter, qui dessert selon lui la cause écologique.
1. Le premier article : l’« hypothèse K »
Thomas Lepeltier, Le Point, 19 octobre 2023 · Lire l’article ↗
Le premier texte porte sur l’essai L’Hypothèse K. La science face à la catastrophe écologique (Grasset), paru la veille. L’astrophysicien y écrit que la science pourrait « contribuer à accélérer l’effondrement » de la vie sur Terre, à moins de lui rendre une charge poétique, et plaide pour une science « nomade » qui porte fièrement « ses incohérences et ses contradictions ». Pour l’auteur, ces formules ne disent pas clairement ce qu’elles proposent, alors que la science a besoin de clarté et de rigueur.
Le cœur du livre est l’« hypothèse K » : la technologie serait un cancer, d’où le K de karkinos, le crabe en grec ancien. Or, objecte l’auteur, si la technologie est un cancer, il faut s’en débarrasser, ce qui conduit à une société de misère. L’astrophysicien l’a d’ailleurs anticipé : il dit ne pas vouloir détruire l’arsenal technique ni revenir à l’âge des cavernes. Mais alors, pourquoi parler de cancer ? La thèse est, selon l’auteur, soit effroyable, soit vide.
Le diagnostic environnemental est examiné de la même façon. Les « centaines de milliers » de victimes annuelles de la pollution de l’air ? Cette mortalité baisse depuis des décennies, et plus de 90 % des décès sont concentrés dans des pays à revenus faibles et moyens. Les deux tiers des arbres disparus en quelques millénaires ? En France, la couverture forestière augmente depuis deux siècles, et couper des arbres pour se loger, se chauffer et cuire ses aliments n’a rien d’une volonté d’éradiquer le vivant. Les problèmes environnementaux existent, rappelle l’auteur, mais ils se discutent : il renvoie au livre de Jacques Lecomte, Rien n’est joué (Les Arènes, 2023), qui montre que la situation ne se résume pas à des formules apocalyptiques et souligne le rôle de ces discours dans l’éco-anxiété.
« Il faut faire des comparaisons et évaluer des tendances pour espérer pouvoir tirer des conclusions sensées. »Thomas Lepeltier, Le Point, 19 octobre 2023
2. Le second article : des formules aux raisonnements
Thomas Lepeltier, Le Point, 16 mai 2024 (version abrégée ; version longue sur le site de l’auteur) · Lire l’article ↗
Le second texte part d’une intervention de l’astrophysicien à l’université d’été du Medef, en août 2022, et passe en revue les thèses qu’il reprend d’une conférence à l’autre. D’abord, l’Occident serait en train d’éradiquer le vivant : nous aurions fait disparaître les deux tiers des insectes en quelques années, des mammifères sauvages en quelques décennies et des forêts en quelques millénaires. Pour l’auteur, le chiffre sur les insectes vient bien d’études scientifiques, mais d’études situées, qu’on ne peut généraliser ; et ces reculs sont surtout la contrepartie des logements et des cultures, pas une volonté d’exterminer. En France, la forêt a perdu environ 70 % de sa surface en deux mille ans, mais elle a presque doublé depuis son minimum du début du XIXe siècle.
Ensuite, notre société serait inhumaine : il est souvent question de 600 000 morts prématurées par an en Europe dues à la pollution de l’air et d’un enfant mort de faim toutes les six secondes dans le monde. L’auteur répond qu’un nombre seul ne signifie rien sans tendance : ces morts diminuent avec le développement, les habitants des pays peu industrialisés souffrent le plus de la pollution de l’air (chauffage et cuisson rudimentaires), et la croissance a sorti des millions de personnes de la pauvreté. De même, qu’une croissance infinie soit impossible sur une Terre finie n’implique pas qu’il faille décroître tout de suite : elle peut se poursuivre des décennies, voire des siècles. Ce serait, écrit-il, comme conseiller de quitter au plus vite le système solaire parce que le Soleil ne brillera pas indéfiniment.
Enfin, la technologie : rejet de la fusion nucléaire, dont la réussite serait selon l’astrophysicien la pire des catastrophes, de la conquête spatiale, des réseaux sociaux ou de l’intelligence artificielle. L’auteur relève aussi des tensions : la science devrait être « poétisée » et n’aurait pas de rapport privilégié à la vérité, mais les thèses défendues seraient scientifiquement démontrées ; la décroissance n’obligerait à renoncer ni à la prospérité ni aux progrès de la médecine. Pour lui, ces formules desservent la cause qu’elles prétendent servir, d’autant qu’elles s’appuient sur l’autorité d’un physicien.
« une cause n’est jamais bien défendue par de mauvais arguments »Thomas Lepeltier, Le Point, 16 mai 2024 (version longue)
Pourquoi ce débat nous intéresse
Les thèses d’Aurélien Barrau sont très présentes dans le débat public sur l’écologie. APALA partage l’analyse de Thomas Lepeltier : une cause n’est jamais bien défendue par de mauvais arguments, et l’écologie a besoin de faits et de tendances plutôt que de formules apocalyptiques. Le premier texte s’appuie d’ailleurs sur le livre de Jacques Lecomte, membre de notre comité d’experts. Le second article est plus vif dans le ton : nous n’en retenons que les arguments, qui portent sur des thèses publiques et non sur la personne.
Questions pour le débat
- Les discours catastrophistes mobilisent-ils, ou nourrissent-ils l’éco-anxiété ?
- Un chiffre isolé, même exact, suffit-il à juger l’état de l’environnement sans regarder les tendances ?
- Une Terre finie impose-t-elle de décroître dès maintenant, ou laisse-t-elle du temps à la croissance et à l’innovation ?
- La science doit-elle rester attachée à la rigueur, ou s’ouvrir à d’autres registres, comme la poésie ?
Pour aller plus loin sur apala.fr
Résumé rédigé par Claude, une intelligence artificielle, pour APALA, à partir des deux articles publiés dans Le Point le 19 octobre 2023 et le 16 mai 2024 (le second dans sa version longue, sur le site de l’auteur). Les positions exprimées sont celles de l’auteur. Une erreur ? Écrivez-nous.
Lire l’article de 2023 sur Le Point ↗Lire l’article de 2024 sur Le Point ↗Lire la version longue de 2024 ↗








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