échange entre Thomas Lepeltier et Tatiana Giraud, Causeur, du 27 juin au 22 septembre 2026
Une critique de la façon dont la biologiste Tatiana Giraud, directrice de recherche au CNRS et membre de l’Académie des sciences, présente la biodiversité dans les médias, sa réponse, puis une réplique : un échange public argumenté, devenu rare.
En bref
- 27 juin 2026 : pour Thomas Lepeltier, Tatiana Giraud fait de la biodiversité une valeur absolue. Selon lui, toute biodiversité n’est pas désirable, aucun état passé ne peut servir de norme, et les reculs du vivant doivent être mis en regard des bénéfices des transformations humaines.
- Il conteste aussi le mot « effondrement » et l’image des rivets d’un avion : les études décrivent des déclins et des recompositions, pas une disparition du vivant.
- 16 septembre 2026 : dans son droit de réponse, Tatiana Giraud rappelle que ses travaux reposent sur des séries de données datées, qu’elle présente la biodiversité comme dynamique, sans « âge d’or », et qu’elle discute coûts et bénéfices ; « effondrement » renvoie à des déclins de 75 % à 90 % pour certains groupes.
- 22 septembre 2026 : Thomas Lepeltier salue cette réponse et lui donne raison sur plusieurs points, mais maintient que le désaccord porte sur l’interprétation des données, pas sur les données.
1. La critique : une biodiversité sacralisée ?
Thomas Lepeltier, Causeur, 27 juin 2026 · Lire l’article ↗
Point de départ : une intervention sur LCI, le 24 mai 2026, où Tatiana Giraud regrette que l’humanité soit la seule espèce à empoisonner sa propre nourriture. L’auteur y voit l’oubli d’un fait majeur : l’humanité n’a jamais été aussi bien nourrie ni en aussi bonne santé, en grande partie grâce aux progrès agricoles.
Sur le fond, la biodiversité désigne simplement la diversité du vivant, qui varie selon les lieux et les époques : nous avons besoin d’un certain niveau de diversité, mais personne ne souhaite des poux, des punaises de lit ou des rats. Il n’existe pas d’état idéal auquel se référer : pourquoi la biodiversité de l’an mil, temps de famines, serait-elle préférable à celle d’aujourd’hui ? Cultiver, construire ou assécher des marais réduit certaines formes de vie, mais c’est aussi ce qui a permis la sortie des famines et l’allongement de l’espérance de vie. Les baisses de biodiversité doivent donc se juger en coûts et en bénéfices.
Le mot « effondrement » suggère une disparition généralisée du vivant, alors que les études décrivent des disparitions d’espèces, des baisses parfois drastiques de populations et des écosystèmes qui se réorganisent. Quant aux pesticides, les plantes en produisent elles-mêmes (nicotine, caféine, pyrèthre), et ceux de synthèse ont contribué, sans être tous sans danger, au recul de la sous-alimentation. L’auteur critique enfin l’opposition entre naturel et artificiel qui fonde la préférence pour le bio et le rejet des OGM.
« toute biodiversité n’est pas également désirable »Thomas Lepeltier, Causeur, 27 juin 2026
2. La réponse : des déclins mesurés, pas une croyance
Tatiana Giraud, droit de réponse, Causeur, 16 septembre 2026 · Lire la réponse ↗
Tatiana Giraud conteste la présentation de son approche comme « quasi religieuse ». Ses recherches, ses livres et ses enseignements, notamment au Collège de France, reposent sur la littérature scientifique et sur des données empiriques ; elle y présente la biodiversité comme dynamique et évolutive, non comme un état idéal à préserver à l’identique.
Elle ne se réfère à aucun « âge d’or » : les déclins qu’elle présente viennent de séries de données datées, comme les suivis de populations de vertébrés depuis 1970 ou les mesures de biomasse d’insectes volants entre 1989 et 2016. Ces dates sont les points de départ des observations, pas des périodes idéales. Elle discute aussi les coûts et bénéfices de la préservation de la biodiversité et l’accompagnement des agriculteurs, par exemple dans le podcast Chaleur humaine du Monde (avril 2026).
Elle ne nie pas la nécessité de nourrir les populations : discuter des effets de certains pesticides n’est pas condamner l’agriculture, qui dépend elle-même des services rendus par la biodiversité. Et le mot « effondrement » renvoie à des déclins quantifiés, pouvant atteindre, pour certains groupes étudiés, 75 % à 90 % ou davantage en quelques décennies. Elle accepte la critique, mais demande qu’on la distingue de ses positions réelles.
« On peut discuter le choix de ce terme ; on ne peut cependant présenter son emploi comme indépendant des données quantitatives auxquelles il se rapporte. »Tatiana Giraud, Causeur, 16 septembre 2026
3. La réplique : un désaccord d’interprétation
Thomas Lepeltier, Causeur, 22 septembre 2026 · Lire l’article ↗
L’auteur salue la démarche, devenue rare, et remercie Tatiana Giraud d’avoir répondu. Il lui donne raison sur plusieurs points : elle présente bien la biodiversité comme dynamique, l’expression « âge d’or » était la sienne, et sa phrase selon laquelle elle ne raisonnerait « jamais » en coûts et bénéfices n’était pas assez précise. Il n’a jamais contesté les données qu’elle cite.
Mais une donnée établit une évolution, elle ne dit pas quel niveau de biodiversité est préférable. Et l’analyse coûts-bénéfices qu’elle invoque porte sur le coût de protéger ou de restaurer, non sur les bénéfices des transformations qui font reculer la biodiversité : défricher une forêt produit de la nourriture, assécher des marais a permis de gagner des terres et de limiter certaines maladies. Qu’une alternative aux pesticides soit efficace ne signifie pas non plus qu’elle les remplace partout, sans coût et à rendement égal.
Sur l’« effondrement », il vise surtout l’image des rivets, qui annonce un point de bascule : selon lui, la littérature décrit des écosystèmes qui changent d’état, parfois profondément, pas qui s’effondrent. Sa conclusion : on peut préférer la biodiversité au développement humain, ou l’inverse, mais il faut le dire, sans présenter cette hiérarchie de valeurs comme un résultat scientifique.
« Ce n’est donc pas sur les données scientifiques que porte notre désaccord, mais sur la façon de les interpréter. »Thomas Lepeltier, Causeur, 22 septembre 2026
Pourquoi ce débat nous intéresse
Il est rare qu’une personnalité critiquée publiquement accepte d’entrer dans le débat ; Thomas Lepeltier le souligne lui-même. Cet échange montre ce qu’APALA défend : discuter des thèses et des positions publiques, pas des personnes, en distinguant les faits de leur interprétation. D’un texte à l’autre, le désaccord se resserre sur deux questions de valeurs : l’état de référence, et la pesée des pertes et des bénéfices. Sur le fond, APALA partage la ligne de Thomas Lepeltier, que nous avons défendue dans « Il n’y a pas de crise de la biodiversité ! ».
Questions pour le débat
- Comment choisir l’état de référence à partir duquel juger l’évolution de la biodiversité ?
- Une analyse coûts-bénéfices doit-elle compter les bénéfices des transformations qui réduisent la biodiversité ?
- Le mot « effondrement » aide-t-il à comprendre des déclins mesurés, ou les dramatise-t-il ?
- Quand un chercheur s’exprime dans les médias, comment distinguer le constat scientifique du jugement de valeur ?
Pour aller plus loin sur apala.fr
Résumé rédigé par Claude, une intelligence artificielle, pour APALA, à partir des trois textes publiés sur le site de Causeur les 27 juin, 16 septembre et 22 septembre 2026. Les positions exprimées sont celles de leurs auteurs. Une erreur ? Écrivez-nous.
Lire la critique sur Causeur ↗Lire la réponse de Tatiana Giraud ↗Lire la réplique sur Causeur ↗








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